Fausse couche, ce mal silencieux

La règle des trois mois, ces fameux trois mois qui nous semblent être trois ans de silence, quand, après avoir découvert que l’on est enceinte, pour beaucoup, l’un des moments les plus forts de notre vie, on doit garder notre bonheur pour soi.

Trois mois car les trois premiers mois sont les plus risqués, où le risque de fausse couche est le plus élevé, car, comme dirait l’autre, la nature est bien faite, valait mieux que ça arrive maintenant, et si c’est arrivé, c’est qu’il y avait une raison…

Trois mois donc à contenir son bonheur que l’on partage quand même avec le papa, trois mois de stress, trois mois ou l’on affronte cette fameuse fatigue, ces nausées, ces questionnements, ces changements corporels, hormonaux, ces changements d’humeur, où l’on fait face à une nouvelle version de nous même, mais aussi à un nouvel être en nous.

Trois mois car sait-on jamais, si la grossesse s’arrête, au moins il n’y aura pas d’ascenseur émotionnel pour les autres. Il vaut mieux n’annoncer qu’une bonne nouvelle, sinon, aucune nouvelle du tout.

Et donc, quand ce malheur arrive, à en fait nombreuses d’entre nous, que se passe t-il ? Eh oui, la société nous a dit qu’il fallait le garder pour nous, au cas où le malheur arrive. La société ne nous a pas dit que par contre, la douleur qui s’en suit s’affronterait aussi toute seule du coup. Bien sur, le papa est très triste et nous soutient, mais il faut être honnête, ce n’est pas pareil. Nous sommes la mère, qui a vu tout son être changer, qui a fait une projection émotionnelle et littéralement physique de ce futur petit être, mais non il ne faut surtout pas en parler.

Qui a décidé que la fausse couche devait rester secrète, pourquoi n’avons nous pas le droit de dire que nous sommes triste car on a perdu un bébé ? Est-ce ridicule ? Est ce ridicule d’avoir réellement commencé à aimé cet enfant ? Qui contrôle ce qu’on ressent lorsque ce jour là, on découvre que le cœur s’est arrêté de battre ? Que la vie que l’on portait s’est envolée ?

Personne ne vit la fausse couche de la même façon, certaines la vivent avec philosophie et se disent, ce n’est pas grave, il y en aura un autre, c’est que ça devait arriver…d’autres, comme moi, sont réellement effondrées. Et puis lorsqu’on le partage avec les quelques rares personnes qui étaient au courant, les réactions sont souvent décevantes et dures, et on se dit que finalement, c’était pas si mal que ça ne se sache pas. Certains se permettent même de juger notre tristesse, de minimiser ce qu’on traverse, parce que oui, y’a pire…

En fait, je crois que le pire dans la douleur, c’est justement la réaction des gens, les mots ne sont jamais les bons, voire souvent maladroits, vexants. D’ailleurs, il n’y a pas de mots pour soulager cette peine, personne ne comprend réellement ce qu’on ressent à part celles qui l’ont vécu et qui ont développé le même attachement. Donc finalement, ne pas le dire, c’est peut-être tout simplement le meilleur moyen de se protéger et d’éviter d’être déçu par la réaction des gens ou de ce qu’ils ont à dire.

Encore une fois, il n’y a aucun mot pour enlever la douleur, seuls le temps, et éventuellement l’arrivée d’une nouvelle grossesse aident à faire le deuil, mais pour autant, certaines d’entre nous n’oublieront jamais…

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