Quand le couple se perd

Qui n’a pas connu l’amour fou, l’amour fougueux, l’amour de 16 ans, celui où tu te dis que c’est lui, et que ça sera lui pour la vie, celui qui nous fait nous dire que la vie n’aura plus jamais de sens sans lui, celui qui nous fait oublier ce qu’était la vie avant sans lui…

Ce genre d’amour fou qui rend fou, où tout tourne autour de lui, où le moindre rebondissement est soit joie, soit douleur… Qui n’a pas connu ça ?

Je fais partie de celles qui l’ont connu, à 16 ans, ou plus précisément 15 ans et des poussières, où je suis tombée raide dingue amoureuse. Moi en seconde, lui en terminale. J’étais trop jeune pour lui, mais après quelques mois d’ignorance, son regard s’est finalement posé sur moi…

Le début d’une grande histoire, l’histoire d’une vie. Des années d’amour fou, de passion, mais aussi d’étincelles, de douleurs, de déchirements… Qui ont fini par nous séparer après 4 ans…

Mais une passion si forte, ça ne s’éteint pas comme ça, alors 5 ans après, des retrouvailles, un nouvel essai, plus « adultes », déjà en âge de travailler et vivre notre vie d’autonomie financière. Et là, la grande histoire continue… avec des étincelles…

Rapidement, je me rends compte que ce n’était pas un nouveau départ, mais la suite de nos débuts, une base déjà esquintée. Mais quand même, c’est le grand amour de ma vie, il faut se battre, il faut rester, ce genre d’amour ne se vit qu’une seule fois. Alors on s’accroche, malgré les assiettes qui volent, les pleurs, les nuits blanches. On essaie, encore et encore, on voyage, on fait des enfants, l’amour est si fort, je ne conçois pas ne pas avoir d’enfants de lui, il doit être le père de mes enfants. Alors au milieu de cet amour qui devient destruction, des enfants, qui renforcent l’amour profond, mais qui n’arrêtent pas les portes qui claquent…

Cette fameuse crise de la quarantaine, elle est souvent mystique jusqu’à ce qu’on s’en approche.

Puis il arrive ce jour où finalement tout s’arrête dans notre tête. On se retrouve à l’arrêt de notre vie, spectateur, on regarde, on constate, on se pose des questions. Les hormones, le vieillissement, la société, la culture, l’éducation. Beaucoup de choses se passent, nous ont influencé à un moment, nous ont fait évoluer d’une certaine façon.

Mais quand ce jour du spectacle arrive, et qu’on regarde, on se retrouve tout à coup seule avec nous-mêmes : Est-ce que je suis celle que j’ai envie d’être, est-ce que je vis la vie que j’ai envie de mener, est-ce que je suis fière de ce que j’accomplis au quotidien, est-ce que j’écoute mes rêves, mais surtout, surtout, est-ce que je suis heureuse ?

Et là, tout bascule, tout prend un angle différent, et pour ma part, le principal élément a été mon couple. Combien d’années j’ai passé à ne pas me sentir bien, à ne pas dormir, à pleurer, à m’inquiéter, à me poser des questions ? Certes l’amour, l’amour…

Mais l’amour se décide au quotidien. Il n’y a pas d’amour, seul, en tant que tel, il n’y a que des actes d’amour. L’acte de choisir son partenaire au quotidien, de décider d’être son partenaire de vie au quotidien, d’être sa personne, son +1, son ride or die, son socle. Si aujourd’hui je ne peux emmener que 30 %, tu compenseras mes 70 %, et inversement.. Chaque jour, choisir d’aimer l’autre.

L’amour n’est pas juste un sentiment, l’amour se conjugue. Et c’est là que j’ai perdu mon couple. L’amour a été si fort, si acquis, si puissant, qu’on a oublié de le conjuguer, on a oublié de prendre soin de cet amour, de l’écouter quand il va mal, d’essayer de le reconstruire quand il se déchirait, d’essayer d’entendre et apaiser les cris au fond du cœur de l’autre. Un couple perdu, des sentiments enfouis dans un vase qui se remplit, années après années, mais qui n’a jamais trouvé l’occasion de se vider. Tout à coup, le constat qu’une route construite à 2 pendant près de 20 ans s’avère être au final 2 chemins, séparés, incompris, désunis…

L’herbe n’est pas plus verte ailleurs, je l’ai compris. Mais un amour doit être arrosé régulièrement pour continuer d’éclore.

Ce jour où on réalise qu’on est seule, à deux, mais pourtant seule. Le couple s’est perdu.

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